Pavan Sukhdev est banquier (Deutsche Bank) et travaille aujourd'hui à mettre en place des mécanismes de protection de l'environnement, celle-ci n'étant, d'après lui, pas incompatible avec la croissance.
Je suis tout à fait sur sa ligne, qui consiste à privilégier les incitations permettant de faire en sorte d'aligner le profit des entreprises sur le profit de la société, plutôt qu'à s'opposer systématiquement au système productiviste. Ceci peut même amener les entreprises à optimiser leurs profits à long terme, ce qu'elles n'auraient pas réussi à faire sans mécanisme d'incitation.
Pouvoir mettre en place les bons mécanismes d'incitation n'est généralement pas une mince affaire.
Pour commencer, les débats sur l'allocation des ETS (permis carbone en vigueur en UE) : sur-allocation, volatilité des prix, compagnies aériennes non soumises aux restrictions, gratuité des permis... Je préciserais que Pavan Sukhdev semble être du côté de la carotte plutôt que de celui du bâton, privilégiant donc des systèmes à somme nulle (i.e. : une gratuité des permis). On peut à ce sujet parler du débat datant du Grenelle de l'environnement, sur la mise place de taxe carbone applicable aux particuliers, et qui aurait été intégralement reversée à ceux-ci en fonction inverse de leurs revenus. Je pense qu'il s'agissait alors d'une stricte opération de communication. Pourquoi attacher un mécanisme de redistribution à cette taxe alors que qu'il y a déjà de la redistribution ? En quoi cette dernière doit-elle être connectée à la consommation de carburant (car la taxe carbone portait sur le carburant) ?
Venons-en à l'engouement actuel pour les énergies renouvelables. Pour promouvoir ces dernières, on impose à EDF de racheter l'énergie produite à un prix fixé par l'Etat bien au-dessus du prix du marché. C'est sûrement une démarche intéressante, pour développer le parc éolien en particulier, mais cela comporte un risque de sur-capacité en éolien si ce prix est mal calibré. Ajoutons que ce type de production énergétique ne produisant que de manière occasionnelle, sans lien avec la consommation d'électricité, il est généralement couplé avec des centrales à charbon (qui, tant que la capture de carbone n'est pas opérationnelle, annulent l'effet positif des éoliennes sur la pollution) ou à gaz (ce qui supposerait une dépendance énergétique plus grande vis-à-vis de la Russie).
Pour en revenir au sujet de départ, un autre entretien a été donné par Pavan Sukhdev pour The Ecologist. Une restranscription est disponible ici.